Beat Rütti:
Die römischen Gläser aus Augst und Kaiseraugst
(Forschungen in Augst 13)
Résumé
L'ouvrage, rédigé dans le cadre d'une thèse de doctorat faite à l'Université de Bâle, traite des récipients en verre mis au jour entre le siècle passé et 1980 dans la colonie romaine
d'Augusta Raurica et dans le Castrum Rauracense, sur les actuelles communes d'Augst et Kaiseraugst, Suisse.
La Colonia Pia Apollinaris Augusta Emerita Raurica (Augusta Raurica) a été fondé entre 20 et 10 av. J.-C. sur la rive sud du Haut-Rhin, 12 km à l'est de Bâle. La ville est constituée
d'une partie haute établie sur un plateau (Oberstadt) et d'une basse ville installée dans la plaine du Rhin (Unterstadt). Cette colonie connaît son apogée au 1er et 2e siècles. Les
événements guerriers qui survinrent vers le milieu du 3e siècle entraînèrent son déclin. A la fin du 3e siècle, la population se déplaça dans la basse ville où le Castrum Rauracense
fut édifié sur la rive sud du Rhin. Ce n'est qu'au Haut Moyen Age que ce camp fortifié situé à un emplacement stratégique perdit son rôle de centre économique et culturel au profit
de la ville voisine de Bâle.
A partir des 8364 fragments de verre trouvés à Augst et Kaiseraugst et répertoriés dans les inventaires du musée, on a pu reconstituer avec l'aide de l'informatique 5112 récipients.
Provenant pour la plupart du territoire de la colonie antique, ils nous sont le plus souvent parvenus à l'état fragmentaire. Lors du recensement, on n'a pas tenu compte des
fragments de parois sans décor appartenant à des récipients dont la forme originale ne pouvait être définie. La quantité de matériel et d'informations rendait utopique une
exploitation de tous les aspects dans un laps de temps raisonnable. Des options ont donc été prises. Comme il existait déjà un certain nombre d'analyses typologiques du verre
romain, l'accent a été mis dans ce travail sur le matériel d'Augusta Raurica et du Castrum Rauracense examiné dans son contexte de découverte.
L'ouvrage est divisé en quatre parties. La première traite des formes, de la datation des objets d'après le contexte archéologique, de la coloration et de la provenance. Un deuxième
volet traite de la répartition dans les quartiers de la ville et de l'utilisation de vaisselle de verre dans la colonie. La troisième partie concerne le matériel issu des tombes de la
colonie et du castrum du Bas-Empire. Le dernier chapitre est constitué du catalogue exhaustif des verres, classés selon des critères de forme.
Les récipients de verre d'Augst et Kaiseraugst se répartissent en 180 types (AR 1-AR 180; AR = forme d'Augusta Raurica) couvrant la presque totalité des formes courantes dans
les provinces occidentales du 1er au 4e siècle apr. J.-C. Quatre cinquièmes des verres, soit la majeure partie, sont soufflés. Le cinquième restant est moulé. Les colorations
vert-bleu à vert, dites naturelles (naturfarben), qui constituent deux tiers de l'ensemble, sont prédominantes. Près d'un quart des verres sont monochromes et 15% environ
incolores. La plus petite proportion revient aux verres mosaïqués (verres polychromes, Mosaikgläser), qui ne totalisent que 5% de l'ensemble.
Dans la première partie, qui traite plus spécifiquement des objets mis au jour, le chapitre sur la chronologie des verres présente les verres datés d'Augusta Raurica et du Castrum
Rauracense, en s'appuyant sur les récipients qui ont pu être situés chronologiquement grâce au matériel céramique associé. Vu la masse de matériel il a fallu renoncer à une
analyse de chaque type. Les formes datables sont présentées dans des graphiques et des tableaux ainsi que dans des chapitres résumant les différentes périodes.
Le 1er siècle apr. J.-C. offre le plus large éventail de récipients, avec près de 100 types différents. La forme la plus courante de cette période est la coupe côtelée AR 2/I 3 (I =
forme selon Isings 1957). Au début du 1er siècle, plus de la moitié des récipients en verre appartient à ce type, et un tiers à la fin du même siècle. Dès le deuxième quart du 1er
siècle, le second type le plus représenté est la bouteille carrée AR 156/I 50. Proportionnellement, les autres formes entrent à peine en ligne de compte. On trouve parmi elles des
formes caractéristiques de cette période comme les coupelles AR 1/T 2 (T = Trier, forme selon Goethert-Polaschek 1977), les délicates bols côtelés AR 28/I 17 (zarte
Rippenschalen) et les bols hémisphériques AR 34/I 12. Dans la seconde moitié du 1er siècle, et surtout durant l'époque flavienne, de nouvelles formes font leur apparition, qui se
caractérisent par de riches décors gravés et en relief. On y trouve les gobelets à facettes AR 45/I 21, les bols et gobelets à scènes de cirque AR 31/32 (Zirkusbecher) et les
gobelets à boutons AR 33/I 31 (Knospenbecher).
Le 2e siècle est moins riche en récipients. Parmi les formes de la première moitié du deuxième siècle se trouvent les coupes à marli gravées AR 16.2/T 23, les bols à panses
carénées ou hémisphériques AR 38-AR 40 et les gobelets coniques AR 44-AR 48. Comme au 1er siècle, la bouteille carrée AR 156/I 50 est un des types les plus répandus. Le type
principal de la fin du 2e siècle est le bol à panse cylindrique AR 98/I 85, qui constitue à cette époque un quart de la totalité des récipients.
La première moitié du 3e siècle ne diffère guère de la fin du 2e siècle. Parmi les verres les plus répandus, on trouve toujours les bols à panse cylindrique AR 98/I 85 et les
bouteilles carrées AR 156/I 50. Vers le milieu du 3e siècle apparaissent progressivement les bols ovoïdes ou hémisphériques AR 60/I 96, qui présentent un décor gravé
géométrique ou figuré. Le dernier quart du 3e siècle voit arriver une quantité de formes nouvelles qui modifient profondément l'éventail des récipients. Les bols à panse cylindrique
et les bouteilles carrées ne se retrouvent plus guère; les bols AR 60/I 96 autrefois richement gravés restent le plus souvent sans décors.
Le Bas-Empire à Augst et Kaiseraugst est marqué par les nombreuses variantes du gobelet conique AR 64-AR 73, qui constituent avec les bols ovoïdes ou hémisphériques les
types de récipients les plus répandus. En comparaison avec les périodes précédentes, les cruches de qualité comme les types AR 172/I 120 et AR 173/I 123 occupent maintenant
une place importante.
Par comparaison avec les verres datés d'autres sites, ce matériel ne montre que de faibles écarts. Les fourchettes chronologiques souvent plus larges à Augst et Kaiseraugst pour
certains types de récipients dépendent le plus souvent de la méthode de datation des ensembles, de la technique de fouille et de la genèse du site.
L'examen de la coloration des verres d'Augst et Kaiseraugst repose sur une détermination détaillée des couleurs et des nuances de tons des récipients datés.
Comme c'était le cas pour les types de récipients, c'est également le 1er siècle apr. J.-C. qui offre la plus grande variété de coloris. A côté des verres naturels, cette période se
caractérise par des récipients monochromes en verre teinté bleu, vert, brun, ambré et lie-de-vin. De plus, l'essentiel des verres polychromes (verres mosaïqués) remontent au 1er
siècle. Dès le milieu du 1er siècle apparaissent les verres incolores, qui deviendront de plus en plus appréciés au 2e siècle et connaîtront leur apogée au 3e siècle.
La coloration des verres naturels bleu-vert, présentant au 1er siècle des tons vifs allant du bleu ou turquoise, tournera progressivement au vert foncé. L'augmentation des verres
verts a vraisemblablement un rapport avec la production locale de verre utilitaire. A la fin du 3e siècle s'opère un changement dans la coloration des récipients: les verres incolores
ne sont plus guère attestés; les verres teintés naturels, auparavant bleu à vert foncé, sont maintenant vert clair à vert olive. Au 4e siècle, on ne trouve presque plus de verres
bleu-vert. Cette rupture dans un développement linéaire - qui transparaît également dans l'éventail des formes - pourrait être due à une réorganisation économique intervenue à
cette époque, qui eut comme conséquence de nouveaux centres de production resp. d'autres sources de matière première.
Une digression sur les verres mosaïqués traite de façon plus détaillée des verres polychromes d'Augusta Raurica. L'analyse détaillée des objets mis au jour a permis de répartir
cette production en deux grands groupes qui se distinguent par les décors, les formes de récipients, les techniques de fabrication et la datation: dans le premier groupe, précoce, se
trouvent des récipients polychromes moulés datés de l'époque pré-flavienne, tandis que le second groupe, plus tardif, comprend des objets moulés aussi bien que soufflés, intégrés
dans des ensembles allant de l'époque flavienne au 3e siècle.
Les décors des verres mosaïqués précoces se composent de bandes (verres à bandes de couleur, Streifenmosaikgläser), de fils réticulés (verre reticella), de spirales, de simples
rosettes et de mouchetures (verre millefiori) ou de motifs imitant les veinures de la pierre (verre marbré). Pour ce qui est des formes, on rencontre aussi bien des coupes ou des
bols hémisphériques à parois lisses que des coupes côtelées.
Le décor des récipients moulés de la production tardive se compose de rosettes (millefiori), que leur organisation complexe distinguent nettement de la production précoce. A côté
des rosettes, on trouve de simples motifs oculés (Kreisaugen) et mouchetés, ainsi que des motifs en oeil de paon et des décors imitant l'agate. Vers la fin de cette période, on note
une préférence marquée pour les coupes à parois lisses avec un bord en entonnoir ou à marli, en plus des récipients miniatures. Les verres mosaïqués soufflés, qui n'apparaissent
qu'à la fin du 1er siècle sont mouchetés ou revêtus d'une couche de rosettes («Millefiori-Überfang»). Dans les verres soufflés, on trouve avant tout des bols à panse cylindrique ainsi
que des formes fermées.
La question de la provenance est un des points cruciaux de la recherche sur le verre antique. Sans des analyses détaillées de chaque type de récipients, la localisation des ateliers
de production se limite aux hypothèses connues de la littérature. De telles analyses auraient largement dépassé le cadre de ce travail: c'est la raison pour laquelle le chapitre
consacré à la provenance des verres se contente de remarques générales sur le domaine de production possible de ces récipients.
Bien que les ateliers locaux d'Augusta Raurica puissent répondre à une partie de la demande, une bonne partie des verres utilisés devaient être des importations. La localisation
des ateliers de production repose essentiellement sur la répartition des trouvailles et la diffusion des récipients identiques ou analogues.
Jusque vers le milieu du 1er siècle, la majeure partie des verres devait venir d'Italie, plus rarement de Gaule ou d'ateliers orientaux. En Italie entrent en ligne de compte les ateliers
de Campanie, de la région de Rome, de la plaine du Pô et de l'arc adriatique. En Gaule, les ateliers de verriers de la plaine du Rhône et de Bourgogne pourraient avoir produit nos
verres. Au Proche Orient, on peut prendre en compte les ateliers de la côte syro-palestinienne et d'Egypte. Dans la deuxième moitié du 1er siècle et au début du 2e siècle, les
verres de qualité, parmi lesquels se trouvaient les récipients incolores et polychromes, arrivaient à Augst et Kaiseraugst du sud et éventuellement aussi de l'est. En plus des
productions locales, des verres d'usage quotidien devaient arriver en assez grandes proportions de fonderies de Gaule et de Germanie dont l'emplacement ne peut cependant être
précisé.
Au plus tard dès le milieu du 2e siècle, l'essentiel des verres de qualité provenaient des centres de production de Rhénanie, et dans notre cas en premier lieu de Cologne. Des
verres de luxe ont pu continuer d'être importés dans le même temps d'Italie et de Syrie/Egypte. Les importants besoins en verrerie d'usage courant devaient alors être presque
intégralement couverts par les centres de production des provinces nord-occidentales et les ateliers locaux.
A la fin du 3e et au 4e siècle, la vaisselle de luxe provenait essentiellement de Rhénanie. Pour les objets courants, les ateliers du nord de la Gaule arrivent en première place. On
ne peut dire si, et dans quelles proportions, des verres étaient fabriqués dans les ateliers locaux au Bas-Empire.
La découverte de fours de verriers, de creusets, de déchets de production et de moules de pierre atteste une production de verre dans la colonie elle-même. L'élaboration des
structures mises au jour restant à faire, le chapitre sur la production de verre à Augusta Raurica ne traite que des outils et des produits des ateliers de verriers. La première
attestation d'une production locale remonte au troisième quart du 1er siècle. Il s'agit de déchets de production et de fragments de verre trouvés dans l'Insula 29. Ces découvertes
laissent supposer que les premiers ateliers de verriers étaient établis dans les quartiers centraux de la ville haute. C'est vraisemblablement vers la fin du 1er ou au début du 2e
siècle que cette industrie fut déplacée à la périphérie, comme l'indiquent des déchets découverts en bordure sud de la ville et à Kaiseraugst, dans la basse ville. Dans cette
dernière, où des fours de verriers ont été mis au jour dans les années septante, la production n'est d'ailleurs attestée qu'à partir de la fin du 2e ou au début du 3e siècle. Des
fragments de creusets associés à de la céramique de cette époque constituent pour l'instant nos seules preuves. On ne peut encore dire combien de temps des récipients et objets
de verre y ont été fabriqués. On ignore également si l'on fondait le verre à partir des matières brutes (sable quartzeux et soude) dans les ateliers locaux. A l'exception de quelques
cristaux de roche, aucune découverte ne prouve pour l'instant une production de verre brut. En raison des grandes quantités de débris de vieux verre, on peut au contraire
vraisemblablement admettre que l'on y travaillait exclusivement du verre importé en lingots et du vieux verre refondu.
Les fonderies d'Augst et Kaiseraugst fabriquaient probablement seulement des objets courants. Parmi les produits locaux, on trouvait de simples bouteilles et cruches utilisées
avant tout pour les rites funéraires. A côté de cela, les verriers produisaient des récipients pour le bain (aryballes) AR 151/I 61 et des bouteilles carrées AR 156/I 50 utilisées
comme conteneurs dans le commerce local et comme pots à provisions pour le ménage. Outre les récipients en verre, on a probablement aussi fabriqué du verre de vitre. On ne
sait pas si les pains nécessaires à la fabrication des tesselles de mosaïque mises au jour provenaient aussi des ateliers locaux.
La deuxième partie du travail traite des verres par ensembles topographiques et englobe des études sur la diffusion des trouvailles dans la ville ainsi qu'une analyse sur l'éventail
des récipients dans plusieurs quartiers à différentes époques. On a tenté d'établir un lien entre la destination des quartiers et les usages de leurs habitants. Un autre but de ces
recherches était de tenter de mettre en évidence des liens éventuels entre le statut social des habitants et l'utilisation de vaisselle de verre, ainsi que des changements possibles
d'habitudes. En dressant des cartes des types de récipients caractéristiques de la vaisselle de différentes périodes, on a aussi tenté de retracer l'évolution de l'occupation de la ville
antique. Cette analyse repose sur les découvertes déjà connues provenant de différents quartiers ainsi que sur les verres identifiables et datables par le contexte de découverte.
Les récipients classés par formes et fonctions ainsi que leur proportion au sein de l'éventail des formes ont enfin permis des comparaisons entre les différents quartiers et d'autres
sites dont les résultats ont été publiés par S. M. E. van Lith et K. Randsborg (1985).
L'examen de la diffusion des verres datés par le contexte de fouille dans les unités topographiques indique une plus grande proportion de verre aux 1er et 3e siècles apr. J.-C.,
qu'aux 2e et 4e siècles. Si l'on considère l'histoire du site, le moment de la découverte ainsi que les méthodes de fouille et sélections opérées habituellement lors de l'inventaire des
objets, on constate qu'une proportion élevée de matériel ne signifie pas nécessairement une utilisation accrue de vaisselle de verre, dont la quantité dépend dans une large mesure
de la transmission des découvertes.
A l'exception des thermes, on n'a que rarement trouvé du verre dans les établissements publics de la ville. Le peu d'objets conservés à Augusta Raurica dans ces ensembles que
leur nature distingue déjà, est dû avant tout aux méthodes utilisées lors des premières fouilles et aux petites dimensions des zones fouillées. Au contraire, l'abondance de verre
constatée pour le 1er siècle dans les quartiers d'habitat et d'artisanat est liée aux grandes quantités de matériel mis au jour dans les constructions de bois et de terre.
Proportionnellement, à cette époque, une bonne partie du matériel provient des remblais rapportés lors des constructions. Les faibles quantités constatées au 2e siècle s'expliquent
par le fait qu'on a retrouvés peu de matériel en relation avec les constructions maçonnées, et peut-être par une évacuation des déblais mieux organisée. Pour le 3e siècle, les
conditions topographiques favorables à la conservation des couches de destruction expliquent l'abondant matériel de cette période. Le nombre moins élevé des objets du 4e siècle
est dû au fort rétrecissement des zones habitées. Par ailleurs, les interventions qui n'ont cessé d'avoir lieu jusqu'à nos jours ont eu une influence défavorable sur la conservation
des découvertes.
Hormis dans la quantité et la qualité des verres, on ne constate pas de différence fondamentale dans l'utilisation de la vaisselle de verre selon les quartiers d'habitation, d'artisanat
et d'industrie examinés. Mis à part les thermes, où les récipients de toilette (bouteilles pour le bain) dominent logiquement, la vaisselle de table occupe une place prédominante
dans tous le quartiers de la ville. La proportion des formes de récipients selon des groupes typologiques et fonctionnels dans les différentes phases d'occupation concorde en de
nombreux points avec d'autres sites, ce qui en fait un matériel représentatif des provinces occidentales.
Au 1er siècle, la vaisselle de table est nettement dominante, avec une majorité de coupes. Bien qu'elle continue de constituer le groupe le plus important au 2e siècle, on note une
augmentation de la proportion de récipients à provisions. On a pu constater que ces derniers étaient un peu plus nombreux dans les quartiers modestes que dans les maisons plus
aisées. Comme on ne peut toutefois guère envisager qu'une couche sociale plus basse ait utilisé plus de ce genre de récipients qu'une population plus riche, il faut supposer que les
conteneurs de verre bon marché, et particulièrement les bouteilles carrées, étaient parfois utilisées à table en lieu et place de la vaisselle de table plus luxueuse. Au 3e siècle, le
nombre des récipients à provisions diminue à nouveau. La vaisselle à boire constitue désormais la plus grande partie de la vaisselle de table. Les gobelets et bols finissent par
constituer la majeure partie de la vaissaille au 4e siècle, alors que les récipients à provisions disparaissent. Pour ce qui est de la vaisselle de table, on a pu constater qu'en cours
d'occupation, il y avait de moins en moins de coupes, alors que le nombre des gobelets et bols augmentait. La diminution des coupes anciennes aux usages multiples et l'usage
fréquent des gobelets tardifs fonctionnels sont directement liés à la modification des usages de la population en matière de boissons et va de pair avec le développement technique
de l'industrie du verre.
Afin de savoir dans quelle mesure l'éventail des objets en verre peut fournir des indications sur le statut social de la population, on a dressé des cartes de répartition du verre
polychrome et du verre incolore incisé, appartenant tous deux à la vaisselle de luxe, qu'on a mises en relation avec les vestiges connus des différents quartiers de la ville. Il s'est
avéré que l'essentiel des verres se regroupent dans les quartiers d'habitat et d'industrie de la ville haute. Il est à noter que contrairement à l'abondant matériel provenant des
maisons des couches sociales moyennes, les demeures luxueuses des classes supérieures n'ont livré que peu d'objets. Ce résultat étonnant ne signifie cependant pas que les
classes les plus aisées n'utilisaient peu ou pas de verrerie de table; les proportions doivent plutôt être mises en relation avec le comportement en matière de déchets de chaque
groupe de population. De plus, dans les demeures luxueuses, on trouve généralement moins de matériel que dans les maisons modestes. Vu que dans les quartiers périphériques,
où étaient implantées les industries et certainement des habitations destinées à une classe assez défavorisée, on trouve également proportionnellement peu de verre, on constate
qu'on ne peut mettre directement en relation la quantité de verre mise au jour avec telle couche de la population: la façon dont les objets ont abouti dans les remblais puis dans nos
mains et la proportion de vaisselle de table précieuse par rapport à l'ensemble du verre conservé pour un quartier ont un rôle non négligeable dans l'interprétation des données.
Dans le but de savoir si d'autres critères pourraient permettre de distinguer socialement les quartiers de la ville et leurs habitants, le verre de vitre a également été pris en compte
dans la réflexion. Le rapport entre les fragments de vitres conservés et les récipients en verre a servi d'échelle pour la définition de l'agencement des constructions, lié au statut
social de leurs habitants. Il s'est avéré que la proportion de fragments de vitres par rapport au reste du verre était plus élevée dans les quartiers aisés de la ville haute. Bien que les
vitrages soient également attestés dans les bâtiments des quartiers d'habitation et d'artisanat ou d'industrie, la proportion dans ce cas est moindre. On constate donc qu'un nombre
élevé de fragments de vitres signale les demeures des couches sociales plus élevées. La concentration d'éléments de vitres dans les quartiers essentiellement industriels de la
basse ville prouve cependant que les vitres ne sont pas systématiquement un indice de luxe: dans ce cas, ces quantités inhabituelles s'expliquent certainement par une production
locale issue des ateliers installés dans ces quartiers.
Les cartes de répartition des types de récipients caractéristiques d'une période dressées dans le but de préciser l'histoire de l'occupation du site ont confirmé les résultats obtenus
lors de précédents travaux: au début du 1er siècle apr. J.-C., les habitants d'Augusta Raurica se concentrent dans les quartiers centraux de la ville haute, immédiatement au sud du
théâtre, point de départ de l'extension de la ville. Depuis le milieu du 1er siècle, le site s'étend vers le sud et le nord et semble avoir atteint son extension maximale à la fin du 1er
siècle déjà. Du 2e au milieu du 3e siècle, les dimensions de la colonie restent plus ou moins constantes. Dans le troisième quart du 1er siècle, à la suite de la destruction partielle
du centre, les habitats se concentrent presque exclusivement à la périphérie de la ville haute. A la fin du 3e et au 4e siècle, les habitants se déplacent dans la ville basse, dans le
Castrum Rauracense et ses environs. Quelques découvertes isolées dans la ville haute y signalent cependant encore une occupation sporadique.
La troisième partie concerne les objets en verre mis au jour dans les tombes d'Augst, Kaiseraugst et Pratteln. L'analyse montre que des offrandes en verre étaient pratiquées dans
la quasi totalité des tombes du Haut et du Moyen Empire. On déposait dans les sépultures au moins un récipient en verre, souvent plus. Les petits balsamaires, à l'origine remplis
d'essences aromatiques, sont les plus fréquents; certains d'entre eux étaient déposés dans la tombe seulement après la crémation. Seul un cinquième environ des objets en verre
sont des récipients pour le boire et le manger. En comparant les tombes d'Augst avec des sépultures d'établissements ruraux du nord-ouest de la Suisse, on a pu constater que ce
genre de récipients étaient mieux représentés que dans la colonie. Cela a confirmé que l'inventaire des tombes de la campagne reflète plus l'éventail de vaisselle de la vie courante
que les sépultures des villes et des établissements militaires, où l'on pratiquait les offrandes «abstraites» héritées du sud.
A la fin du 3e et au 4e siècle, outre les accessoires du costume et les bijoux, on déposait au côté du défunt des récipients contenant nourriture et boissons. Contrairement au
Haut-Empire, les offrandes de verre du Bas-Empire sont essentiellement constituées de vaisselle à boire. La comparaison des inventaires tardifs avec les nécropoles de Rhénanie
a montré que les offrandes faites à Pratteln, Augst et Kaiseraugst correspondent exactement à ce que l'on trouve là-bas dans les tombes de sites à dominante militaire marquée: les
sépultures contiennent avant tout de la vaisselle de table, dont la plus grande partie est destinée à la boisson, dans une moindre mesure à la nourriture, les objets de toilette ne
représentant qu'un quart des objets de verre.
En mettant en parallèle les verres tardifs provenant des nécropoles et du territoire de la colonie, on a tenté de déterminer quelles parties de la population enterraient leurs morts
dans les différentes nécropoles. Il s'est avéré que la répartition des formes était la même dans la nécropole du nord-ouest que dans la basse ville et le Castrum Rauracense, tandis
que la nécropole du nord-est s'apparentait à la ville haute. Sur la base de ces résultats, on peut émettre l'hypothèse que les habitants du Castrum ont enterré les leurs dans la
nécropole du nord-ouest, tandis que les gens de la ville haute les ont ensevelis dans celle du nord-est. Pour la fin de l'époque romaine, de nombreuses questions relatives aux
structures de la population et de l'habitat à Augst et Kaiseraugst ne peuvent trouver de réponse dans les objets de verre seuls.
Dans le cadre de ce travail sur le verre romain d'Augst et Kaiseraugst, de nombreux aspects méritant une élaboration approfondie et détaillée n'ont pu être qu'effleurés. Une des
tâches urgentes est maintenant de publier les structures et le matériel des deux ateliers de verriers de la basse ville, qui permettront de préciser la question de la production et
l'organisation des petits ateliers locaux. Sur les problèmes liés aux lieux de production et au commerce, il y a encore beaucoup à attendre d'études détaillées du matériel, qui
devraient toutefois s'étendre à un cadre géographique plus vaste et inclure des analyses chimiques. Dans ce domaine, les verres gravés, les bouteilles carrées, les bols à panse
cylindrique ainsi que les bols hémisphériques et les gobeletes coniques tardifs constituent des groupes de récipients particulièrement intéressants. Un examen approfondi de
l'ensemble du verre et de la céramique constitue la condition de base pour de nouvelles connaissances sur l'histoire sociale et économique. Dans ce but, il faudrait inclure le
matériel issu des fouilles récentes qui n'a pas été collecté et enregistré de façon sélective comme c'était le cas lors des interventions anciennes.
Alors que nous sommes relativement bien informés sur certains aspects du verre romain, comme l'éventail des formes et la chronologie, l'étude de la provenance, de la fonction et
de l'environnement social n'en est encore qu'à ses débuts. Il incombe aux futures recherches de fournir un début de réponse aux nombreuses questions encore en suspens par la
publication de matériel et par des études détaillées. Pour cet examen plus poussé, il faut prendre comme base le catalogue du verre d'Augst et Kaiseraugst et considérer
l'exploitation des découvertes comme un élément de discussion.