Claudia Bossert-Radtke:
Die figürlichen Rundskulpturen und Reliefs aus Augst und Kaiseraugst
(Forschungen in Augst 16)
Synthèse/Résumé
Les pièces mises au jour
Le présent catalogue comprend au total 85 rubriques. Les pièces découvertes dans la colonie d'Augusta Raurica et dans le Castrum Rauracense sont pour la plupart en calcaire,
pierre peu coûteuse et facile à travailler; quelques éléments ont été sculptés dans du grès (39.4.61.65.68.70) (planches 23; 32; 46; 52-53; 55; 57). Ces travaux ont été exécutés sur
place, tandis que les pièces en marbre précieux (de Carrare?) ont probablement été importées (32.50.51.81) (planches 14-18; 35-39; 61). Plusieurs éléments ont été retrouvés dans
le mur d'enceinte du castrum de Kaiseraugst où ils ont été utilisés en remploi. Une grande partie des pièces a dû être convertie en chaux dans des fours ou être déplacée. On est
frappé par le fait qu'il n'existe jusqu'à présent pas de stèles funéraires militaires ni de sculptures rattachées à l'armée.
L'éventail des pièces se compose de sculptures en ronde-bosse et de reliefs de plus ou moins bonne qualité aussi bien que de d'objets d'art "populaire". Les éléments en marbre
précieux (de Luni?) se rattachent en majorité à des édifices de prestige (32.50.51.81).
Ce matériel présente en règle générale des analogies typologiques et stylistiques avec les ouvrages des Trois Gaules. La comparaison avec Avenches indique clairement que la
colonie d'Augst était moins importante sur les plans politique et culturel et que sa structure sociale était différente; les contacts avec Rome semblent avoir été moins intenses. La
majorité des pièces ont dû être commandées par la classe moyenne, composée surtout de commerçants, d'artisans et d'affranchis qui ont acquis leur autorité et leur fortune à la
force de leurs poignets.
Chronologie relative
Le cadre chronologique est donné par des événements historiques ainsi que des documents épigraphiques et archéologiques. Le fait que le matériel soit le plus souvent de qualité
moyenne et que l'on manque de critères d'objectivation rend malaisée la datation des découvertes. Quelques ouvrages de bonne qualité ont pu être datés stylistiquement
(38.44.50-51.64), d'autres par leur contexte de trouvaille (19.56.58) ou par le traitement particulier de telle ou telle partie (69).
L'absence d'oeuvres locales précoces peut être due au fait que les artisans celtes n'ont appris qu'avec la romanisation les techniques romaines de sculpture. Par ailleurs, la
population indigène pourrait être restée attachée assez longtemps à ses traditions.
Les découvertes les plus anciennes remontent à la 1e moitié du 1er siècle ap. J.-C. (19.56.58) (planches 11; 42; 44-45); les fragments de l'autel du forum 32 (planches 14-18),
datés du milieu du 1er siècle ap. J.-C., s'intègrent dans les aménagements en dur du forum. Sous Néron et au début de l'époque flavienne, il semble y avoir eu un "boum" dans la
construction, comme l'attestent les frises appartenant probablement à des encadrements de portes du temple du Schönbühl (51) (planches 38-39) et du sanctuaire de Grienmatt
(50) (planches 35-38). Les monuments ont dû être réalisés par des sculpteurs étrangers (italiens?), en collaboration avec des artistes indigènes. C'est également de bâtiments
officiels que proviennent le pilastre représentant une Victoire (40) (planches 24-26) et les fragments de deux frises d'armes (41-42) (planches 27-30). C'est dans la nécropole située
au nord-ouest d'Augst que se trouvait à l'origine la stèle funéraire d'un marchand de fer(?), datée du 3e quart du 1er siècle (64) (planches 48-51).
On connaît peu d'importations de marbre remontant au 1er siècle (19.21.32) (planches 11; 14-18), ce qui doit en partie être imputable à l'état de la recherche.
C'est sous Trajan qu'ont été taillées les têtes en calcaire 38 (planche 22) et 9 (planche 8). Plusieurs trouvailles, en grès rouge essentiellement, sont datées des règnes d'Antonin à
Sévère (44.61.69.39 [?]) (planches 32; 46; 56; 23). L'objet le plus récent à ce jour (65), un relief montrant un centurion et son épouse(?), s'inscrit dans la 1e moitié du 3e siècle.
Nous n'avons pour le moment pas d'attestation d'une production de rondes-bosses et de reliefs dans le Castrum Rauracense construit vers 300 ap. J.-C.
Provenance et aspects historiques et culturels
Comme nous l'avons déjà signalé plus haut, on ignore le contexte de découverte de la majorité des pièces.
Edifices publics
Du forum, on connaît plusieurs fragments de l'autel monumental en marbre 32 (planches 14-18), le pilastre représentant une Victoire 40 (planches 24-26), qui provient de l'entrée
de la place, et des fragments de dalles de revêtement(?) (74) (planche 58).
Les fragments de l'encadrement de porte en marbre 51 (planches 38-39) et de la frise d'armes 42 (planche 30) peuvent être rattachés au temple du Schönbühl. Cette dernière vient
probablement de l'un des portiques ou d'une des portes d'entrée et doit être mise en relation avec la romanisation des provinces du nord - comme c'est le cas pour le pilastre à la
Victoire 40 (planches 24-26). Les fragments à écailles 49 (planche 34) que l'on peut vraisemblablement attribuer à un capricorne pourraient avoir servi à souligner l'aspect sacré de
l'ensemble du Schönbühl.
La petite tête d'une Vénus ou d'une Diane 4 ainsi que celle d'un Apollon(?) 8 (planche 6; 8) se trouvaient peut-être à l'origine dans le théâtre, où les statues d'Apollon rencontraient
justement un vif succès.
Un portail ornemental permettait d'accéder au sanctuaire de Grienmatt depuis le forum sud. Il y avait là des statues de personnage divins (9.12.13.33) (planches 8; 9; 19-20) et
humains (38) (planche 22) ainsi que des autels dédiés à Apollon, Esculape et Sucellus; on a également découvert une offrande en forme d'omphalos. Toutes ces trouvailles
attestent une intense activité religieuse dédiée principalement à des divinités romaines et indigènes guérisseuses. Même l'Hercule 33 pourrait avoir eu la même fonctiondans ce
sanctuaire d'Augst - comme le montrent des parallèles à Deneuvre (Baccarat, Meurthe-et-Moselle), Glanum et Thil.
La précieuse frise en marbre 50 (planches 35-38), la tête de panthère provenant d'une table 81 (planche 61) le chapiteau 53 (planche 39), un fragment de bassin en marbre,
plusieurs objets en bronze de bonne qualité ainsi que les fragments de peinture murale et les tesselles de mosaïque découverts par A. Parent sont autant d'ornements appartenant
à cet important complexe sacré. Des bains voisins proviennent des fragments d'une frise d'armes (43) (planche 31).
Le sanctuaire gallo-romain de Flühweghalde, situé un peu à l'extérieur de la ville, a livré une divinité plus petite que nature tenant une corne d'abondance et portant une couronne
crénelée (1) (planches 2-4); il ne s'agit pas de Cybèle ou d'un génie, mais d'une divinité-mère protectrice, probablement dans son interpretatio romana. Outre une petite tête 45
(planche 33) provenant peut-être d'une porte, on connaît de ce sanctuaire fréquenté aux 2e et 3e siècles ap. J.-C. de simples ex-voto (24.25.26) (planche 12) et des autels de
matériaux et de qualité variables, qui laissent supposer que la divinité était vénérée par une grande partie des indigènes. Il ne faut pas attendre des ouvrages en marbre: la
population locale, moins romanisée, est en effet restée longtemps attachée à ses anciens cultes et n'avait par ailleurs pas les moyens de faire des offrandes coûteuses. De plus, les
oeuvres en marbre reflètent le panthéon des divinités de Rome; or il n'est pas impossible que les offrandes à la divinité-mère soient en relation avec la crise que l'Empire a connue
sous Marc-Aurèle et Lucius Verus.
Le torse de Diane 5 (planche 7) découvert dans le temple gallo-romain de Sichelen 2 cache probablement une divinité indigène qui lui est proche (Diane Abnoba?); elle pourrait
avoir été vénérée en même temps qu'Apollon et Mars. Son culte est surtout répandu dans la Gaule Belgique et la Germanie Supérieure, jusqu'en Rhétie. Il est possible que ce
sanctuaire ait constitué le centre religieux de la civitas Rauracorum, en opposition au sanctuaire romanisé du Schönbühl. Le temple de la Grange des Dîmes et le Cigognier
d'Avenches représentent peut-être une situation analogue. La relation chronologique entre les temples carrés du Schönbühl et de Sichelen 2 reste à étudier. D'après les
observations de H. Bögli, la céramique et les monnaies indiquent que le temple gallo-romain a été en fonction du milieu du 1er jusqu'au milieu du 3e siècle ap. J.-C.: quoique
repoussés à la périphérie de la ville par les cultes italiens, les temples indigènes ont donc longtemps continué d'être fréquentés.
L'Hercule dans un clipeus 44 (planche 32) pourrait s'être trouvé à l'origine dans l'archivolte d'une porte - à l'image des écussons de l'arc de Caracalla à Tebessa, de l'arc de
triomphe d'Auguste à Rimini ou de la "porte de Mars" à Reims.
Le domaine privé
Dans quelques rares cas, la comparaison avec les trouvailles faites dans les villes des environs du Vésuve permet de se réprésenter de quelle façon les pièces d'Augst étaient
agencées. Dans l'Insula 30, complexe des 1er et 2e siècles regroupant des locaux artisanaux et des pièces d'habitation, on a trouvé un torse de Vénus (3) (planche 6), un fragment
de doigt (19) (planche 11) et un pied droit (21) (planche 11) de statue, un relief en marbre représentant Pan (56) (planche 42) ainsi qu'un pied de table en forme de griffe (59)
(planche 43).
C'est dans l'Insula 31 voisine qu'a été découvert le phallus 47 (planche 34) et la créature marine 57 (planche 42); l'Insula 24 a livré le pied de table 58 (planche 44-45). Le pinax 57
présente de nombreuses analogies avec le relief de Pan 56 (planche 42); ces deux reliefs étaient probablement montés sur des pilastres, comme le montre une fresque de Pompéi
(Regio VI 12,20) exposée à Naples. Le phallus apotropaïque pourrait avoir été intégré dans l'un des murs de la cour, à moins qu'il n'ait à l'origine été utilisé comme enseigne
d'échoppe.
La zone d'habitation de l'Insula 24 se trouvait probablement à l'ouest, alors que les côtés nord, est et sud abritaient des ateliers textiles et des boucheries. Le pied de table
représentant un Bacchus (58) se trouvait vraisemblablement dans la cour intérieure située au sud-est. Mis à part le rôle purement pratique de cette table, ce meuble "moderne"
devait aussi servir d'ornement de la cour intérieure. Des pieds de table du même genre que le nôtre (monopodes) ont été retrouvés in situ à Pompéi dans les maisons du Ménandre
et de M. Lucretius (pieds avec Bacchus) ainsi que dans la maison de la Cloison de bois ("tramezzo di legno") à Herculanum (pied représentant un Attis dans une attitude de
tristesse).
Avec ces "oeuvres d'art" modestes, les propriétaires d'Augst exprimaient leur goût pour l'art, leur culture et leur appartenance à la population romanisée. Répliques moins
coûteuses des disques de marbre connus à Pompéi et à Herculanum, les oscilla d'argile de l'Insula 31 sont intéressants dans le même ordre d'idées. C'est probablement aussi dans
le jardin qu'étaient exposés l'oiseau 27 (planche 13) et le petit pied de marbre provenant d'une statuette 21 (planche 11). A travers les quelques statues et reliefs attribuables à la
sphère privée, on constate donc que l'on cherchait à imiter à Augst aussi le mode de vie romain - dans une moindre mesure il est vrai que dans la métropole helvète d'Avenches.
Les jardins à péristyle des maisons des amours dorés (Regio VI 16,7) ou de M. Lucretius (Regio IX 3,5) à Pompéi donnent aujourd'hui encore une vue d'ensemble. Les plantes et
les éléments de décor formaient un contrepoids à la vie quotidienne en plaçant le visiteur dans un univers peuplé de divinités et de démons (cf. les maisons des amours dorés ou
de M. Lucretius).
En ce qui concerne la statue de Vénus retrouvée dans le mur du castrum de Kaiseraugst (2) (planche 5), on ne sait pas si elle se trouvait dans un jardin ou dans des thermes. A
Pompéi, on la trouve à maintes reprises comme protectrice du jardin en statuette ou sur des peintures murales. Mais on rencontre aussi souvent Vénus dans les bains, comme c'est
le cas dans les thermes de Trajan à Cyrène.
Les bouches de fontaine 61 et 62 (cette dernière provenant du fossé de la route longeant l'Insula 32) (planches 46-47) peuvent s'inscrire dans les domaines public aussi bien que
privé. On connaît à ce jour neuf fontaines dans la ville haute et - outre la bouche de fontaine 61 - une dans la partie ouest de la basse ville.
Monuments funéraires
Ils constituent le témoignage le plus frappant de la romanisation au nord des Alpes, mais étaient jusqu'à présent si rares à Augst - en grande partie à cause du nombre restreint de
fouilles systématiques - qu'il était difficile de se faire une idée de l'aspect des nécropoles. Comme dans les cimetières d'Italie, et plus particulièrement d'Italie du Nord (Sarsina,
Aquileia, Altinum), des tombes d'apparence variée devaient être disséminées le long des routes de sortie les plus fréquentées. A Augst et Kaiseraugst, des nécropoles du Haut et
Moyen Empire sont jusqu'à présent connues au nord-ouest de la ville (région 15,A), le long de la route du nord-est (région 14,B; 14,H/13,G et plus à l'est) ainsi qu'au lieu-dit Widhag
(à cheval sur les régions 7 et 14). Pour cette période, les incinérations sont prédominantes (urnes en céramique, plus rarement en verre). Plusieurs enclos quadrangulaires ont par
ailleurs été mis au jour. Les nécropoles du Bas-Empire se trouvent au nord-ouest (régions 10,A et 15,A), au nordest (régions 21,A et 22,A) et au sud-est (région 14,H). Les défunts
étaient inhumés dans des cercueils de bois surmontés d'une couverture de tuiles. A cela s'ajoute une riche sépulture féminine du 3e siècle (région 11,A) dont la présence laisse
supposer une autre nécropole, ainsi que la tombe à bustum d'un important personnage trouvée près de la porte de l'Est (région 14,B), probablement d'époque flavienne.
C'est de la nécropole située au bord de la route menant à Bâle (région 15,A) que provient la stèle d'un riche marchand de fer(?) trouvée en 1803 et datée du 3e quart du 1er siècle
(64) (planches 48-51). Le défunt représenté dans un fronton (66) (planche 55), probablement un caupo (aubergiste), jouissait également d'une certaine aisance. Ceux qui n'étaient
pas arrivés à s'élever sur le plan politique exprimaient sur leurs pierres tombales l'ascension sociale qu'ils avaient le plus souvent réalisée péniblement.
Les fragments 65-69 ont été partiellement réemployés dans le mur du Castrum ainsi qu'à Kastelen. Seuls des critères typologiques et iconographiques permettent d'attribuer les
pièces 67 et 68 (planches 54-55) au domaine funéraire. Ils ne devaient plus être en possession des descendants du défunt au moment de leur réutilisation.
La tête de femme datée du dernier tiers du 2e siècle sur la base de sa coiffure (69) (planche 56) devait s'inscrire dans un bas-relief funéraire analogue à ceux que l'on trouve à
Arles, Nîmes et Saint-Ambroix-sur-Arnon; il n'est cependant pas interdit de la restituer à la façon d'une stèle trouvée à Augsburg.
L'inquiétante tête de Méduse 68 (planche 55) couronnait probablement un monument funéraire analogue à celui de Poblicius à Cologne.
Il n'existe pour l'heure pas de stèles funéraires militaires du Haut-Empire à Augst. On ignore où s'intégrait le petit relief tardif en grès (65, planche 52-53) représentant un centurion
et son épouse(?).
Les ateliers
La majeure partie des sculptures et reliefs conservés ont dû être produits sur place. A Augst, on ne dispose cependant pas d'éléments suffisants pour donner une idée de
l'organisation des ateliers. Dans de rares cas, le style, le matériau utilisé, et les traces de travail permettent d'attribuer certaines pièces à un même sculpteur ou atelier.
Rondes-bosses et reliefs en calcaire
C'est au début du 2e siècle qu'un sculpteur a réalisé les deux têtes 9 et 38 en calcaire retrouvées dans l'enceinte de Grienmatt (planches 8; 22). Leur crâne large et anguleux se
rétrécit nettement dans sa partie inférieure. La peau est tendue sur les os, mais la réalisation générale rappelle le travail sur bois. La lèvre supérieure en bandeau, le regard
légèrement mélancolique et l'oreille travaillée sont également caractéristiques.
Les fragments de fin calcaire coquillier blanc 13a-c.17 et 83 (planches 9; 11; 61) - et peut-être aussi 15 (planche 10) - trouvés dans le même sanctuaire représentent des parties de
corps sévères, qui montrent des traces de scie et de lime sur l'une ou les deux faces.
Les pièces 33.36 et 12 (planches 19; 9), qui proviennent aussi de Grienmatt, ont des formes puissantes, légèrement bouffies et balourdes. La surface de la pierre a été lissée à
l'aide d'une lime grossière (courtes traces irrégulières). En ce qui concerne les jambes d'Hercule 33 et 36 (planches 19; 21), la cuisse reliée au vêtement se rétrécit nettement vers
le genou. Le mollet est épais, le tibia apparent.
Les deux petites têtes 4 et 45 (planches 6; 33) en calcaire à grain fin ont été retrouvées respectivement dans le théâtre et dans le sanctuaire de Flühweghalde. Les petites têtes
rondes ont des visages replets, un front court et fuyant et des sourcils reliés à l'étroite base du nez. A la hauteur des narines, le nez s'élargit considérablement. Sur les deux pièces,
le passage de la lèvre supérieure à la bouche dessine une courte saillie bien marquée. Les profils sont également travaillés de façon semblable. Ces deux pièces se caractérisent
par leur exécution soignée, leur rigidité et leur plasticité.
La facture de la jambe 20 et du fragment de sculpture 22 (planches 11; 12) provenant de l'Insula 35 est très semblable. On ne peut dire avec certitude si le bras 16 (planche 10) fait
partie des membres au rendu très réaliste. Il a été trouvé avec le fragment 20, mais paraît moins fidèle à la réalité.
Rondes-bosses et reliefs en grès
L'Hercule dans un clipeus (44) (planche 32) et celui qui orne la bouche d'une fontaine (61) (planche 46) sont en grès rouge foncé. Les deux divinités ont de grands yeux proches
des sourcils dont les paupières supérieures et inférieures ont une forme de bandeau. Ils paraissent avoir été rajoutés à la surface et leurs coins intérieurs touchent les ailes du nez.
Le front court est froncé; le nez plat s'élargit progressivement en direction de la bouche droite bordée d'une moustache, qui commence directement sous les ailes du nez travaillées
artistiquement. Le sculpteur a utilisé des outils grossiers (par ex. des fers à dents). Les deux sculptures sont cependant de si bonne qualité qu'elles reflètent le "style de l'époque" et
doivent avoir été exécutées à l'époque antonine ou au début de l'époque sévérienne.
Rondes-bosses et reliefs en marbre
Pour le moment, seules quelques pièces importées ou sculptées sur place par des artistes étrangers (d'Italie, de Gaule du Sud?) peuvent être attribuées à ce groupe. En
comparaison avec Avenches, une plus petite frange de la population semble avoir eu les moyens financiers d'acquérir des importations.
Les fragments de l'autel monumental en marbre 32 (planches 14-18) font partie du forum. Des groupes de sculpteurs itinérants très productifs devaient être chargés de l'exécution
de ces places, dont le modèle, né dans le nord de l'Italie, a ensuite été repris dans les provinces nordiques. Le rendu des couronnes, de la coupe, de la cruche et de l'aigle figurés
sur l'autel du forum 32 témoignent de la dextérité des sculpteurs, avec laquelle contrastent les profils un peu rigides et lourds qui doivent être l'oeuvre d'un autre artisan.
Les fragments de marbre 50 et 51 provenant probablement d'encadrements de portes (planches 35-39) offrent de grandes similitudes de construction, d'ornementation, de
réalisation et partiellement de style. Un rinceau de feuilles d'acanthe et de fleurs peuplé d'oiseaux constitue le motif central des deux frises. Sur la frise de Grienmatt (50), le rinceau
est composé d'une seule tige de section légèrement anguleuse qu'entourent des feuilles d'acanthe plates et allongées; il n'y a pas de ramifications. Soulignées sur leurs bords par
des trous au foret, ce qui leur donne du relief, les feuilles, dont les nervures sont rendues par de fines lignes, se détachent du fond du relief. Entre les différentes ondulations du
rinceau se trouvent des fleurs à quatre ou cinq pétales réhaussés de trous de foret. Les espaces restants sont agrémentés d'oiseaux au nid ou en vol, d'une chouette ainsi que
d'escargots. Les fragments de marbre 51a-g provenant du temple du Schönbühl (planches 38; 39) représentent une tige centrale comportant des ramifications. De plus petites
feuilles et pousses d'acanthe entourent les fleurs; ce n'est que là que l'on trouve des fleurs hélicoïdales.
Sur le plan de la construction, la frise du Schönbühl 51 est plus vivante; d'innombrables trous de trépan le long des tiges, autour des feuilles et dans les espaces libres donnent plus
de relief au feuillage; les feuilles qui s'enroulent parfois autour des fleurs confèrent à l'ensemble plus de souplesse et de vie.
Les rais de coeur des deux frises sont d'exécution semblable; la ligne perlée de la frise 51, légèrement plus lourde, est soulignée par des listels. Le relief semble partiellement
inachevé, mais cette impression est en partie liée à l'état de conservation. En comparaison de la diversité des oiseaux au charme exotique représentés sur la frise de Grienmatt
(50), assis, picorant ou au repos, ceux du Schönbühl sont en tout cas plus maladroits et moins variés. Dans son ensemble, la frise de Grienmatt est de meilleure qualité; jusque
dans le rinceau, le relief y est plus vivant et varié.
Les deux frises doivent remonter au début de l'époque flavienne. Bien qu'il y ait des différences d'exécution, leur agencement et leur décor sont très semblables. Il est possible
qu'elles proviennent du même atelier. Les différences qui existent entre elles reflètent le style et le tempérament d'un artiste plutôt qu'un décalage chronologique. En raison de la
qualité de l'ornementation et des ressemblances qui ont pu être constatées, ces constructions complexes pourraient avoir été l'oeuvre d'un assez grand atelier qui aurait employé
des sculpteurs étrangers et des artisans locaux.
M. Trunk a mis en parallèle le rais de coeur lesbien à fer de lance trilobé, qui évoque des formes du sud de la Gaule à l'époque augustéenne, avec un fragment trouvé à Orange qui
lui ressemble de façon étonnante et suppose une influence de la Gaule méridionale. Les déchets de taille et les instruments retrouvés sur le forum claudien de Kempten et sur celui
de Bregenz suppose l'existence d'artistes itinérants.
Rondes-bosses et reliefs réalisés par des sculpteurs indigènes
Les deux fragments de pinax 56 et 57 (planche 42) attestent que des objets ornementaux italiens étaient imités par des artisans locaux: l'exécution à plat, à laquelle des lignes de
contour et des coups de ciseau donnent un peu de relief, évoque un art "populaire". La figure de Pan est taillée dans le fond du relief et l'artisan n'a pas réussi à la représenter en
perspective. Le pied de table 58 (planche 44-45) aux caractéristiques fortement provinciales pourrait être l'oeuvre d'un artiste local qui aurait été formé par des sculpteurs romains
et inspiré par des modèles italiens.
Seul l'examen systématique des éléments architecturaux d'Augst et des pièces sculptées des autres musées de Suisse permettra d'élargir nos connaissances et de préciser
l'importance de la colonie ainsi que les courants d'influence. Il sera particulièrement intéressant de clarifier la question des ateliers et de l'influence de l'Italie du Nord, de la
Rhénanie et de la Gaule Narbonnaise. La classe de grands propriétaires fonciers aisés largement répandue en Gaule et en Rhénanie ne semble pas s'être développée à Augst,
dont les habitants étaient proportionnellement moins riches. C'est apparemment à cela qu'il faut imputer le fait qu'un art régional indépendant ne se soit pas plus développé.