Bettina Janietz Schwarz/Dominique Rouiller:
Ein Depot zerschlagener Grossbronzen aus Augusta Raurica. Die Rekonstruktion der beiden Pferdestatuen und Untersuchungen zur Herstellungstechnik
(Forschungen in Augst 20)
Résultats
Le contexte de découverte
Les fragments des deux statues équestres dont le résumé qui suit décrit le processus de fabrication, reconstitué sur la base des traces de travail, ont été découverts mêlés à
d'autres fragments provenant des cavaliers. Ce dépôt, qui totalise quelque 1460 fragments, a été mis au jour en 1961 dans l'Insula 28, où il a été enfoui vers le milieu du 3e siècle
apr. J.-C. dans un égout désaffecté, au pied de la façade d'une habitation privée. L'exécution soignée de la fosse, la présence de déchets de fonte dans la maison voisine et les
deux fragments de statues monumentales découverts dans ce dépôt témoignent clairement qu'il ne s'agit pas d'un trésor de métaux dissimulé à la hâte, mais d'un dépôt planifié
destiné au recyclage et faisant partie d'un atelier de bronzier tout proche.
Différences d'exécution entre les deux chevaux
Parmi les 368 fragments des «déchets métalliques» que l'on peut attribuer de façon certaine au cheval I, 149 ont pu être regroupés en 17 éléments (40.9%); pour les 445 fragments
du cheval II, 170 ont quant à eux pu être réunis en 21 éléments (38.2%). Un bon tiers des fragments ont donc pu être utilisés pour la reconstitution de chacun des chevaux,
attribués à l'un ou à l'autre en fonction de leur nature. C'est d'abord à l'aide de critères anatomiques que les différentes parties assemblées ont été replacées au bon endroit sur
chacun des chevaux, afin d'obtenir la reconstitution la plus complète des deux statues et de leur procédé de fabrication. La prise en compte systématique des traces de travail -
visibles particulièrement sur la face interne des fragments - et leur documentation par des dessins techniques et un catalogue ont constitué la base du travail. Au fil de l'étude, ces
traces se sont révélées être des critères fiables en faveur ou contre telle ou telle localisation. Pour chaque phase de travail, elles ont permis de préciser le procédé de fabrication de
chacun des chevaux, la comparaison entre les deux mettant clairement en évidence les spécificités de l'un et de l'autre.
La façon dont se répartissent les différents éléments moulés, coulés séparément, reflète à elle seule deux conceptions du coulage de statues fondamentalement différentes: pour le
cheval II, on peut restituer dix éléments au total, dont sept sont attestés dans les parties remontées à partir des fragments. Pour le cheval I en revanche, ce ne sont pas moins de
vingt-cinq éléments qui ont été assemblés, dont dix-neuf sont attestés dans les parties remontées. Parmi tous les éléments moulés dont on a pu restituer le format, ceux du tronc
caractérisent particulièrement bien la technique mise en oeuvre. Si le corps du cheval II ne comprend que trois éléments, celui du cheval I résulte en revanche de l'assemblage de
dix éléments. L'avantage principal d'utiliser des modules plus petits est sans aucun doute qu'on peut les faire plus minces et économiser ainsi de la matière première. Par ailleurs,
le moulage de petites parties est moins difficile et peut si nécessaire être répété à moindres frais, ce qui s'est produit dans deux cas au moins.
La dimension des éléments définit aussi leur forme: les grandes pièces moulées du cheval II ont une forme de cloche, puisque la partie ouverte du corps creux se trouve
systématiquement sur le plus grand côté. Les pièces de petit format du cheval I ressemblent quant à elles plutôt à des «plaques en relief». Seule la partie inférieure des jambes est
coulée en tubes, comme pour le cheval II.
Les formats différents des éléments constituant les deux chevaux témoignent sans conteste d'une utilisation distincte du même procédé de moulage. Les traces de travail en positif
encore visibles sur la surface interne des fragments indiquent en effet que les moules en cire des différents éléments ont été réalisés selon le même procédé de technique de
moulage indirect - à partir d'un moule en creux obtenu sur un modèle primitif. Plusieurs moules en creux ont ainsi été réalisés, qui ont ensuite été séparés en deux moitiés au
moins. En ce qui concerne le cheval II, l'emplacement des joints délimitant les différentes parties du moule en cire et des bords des différentes parties de la statue indiquent que les
moules en cire et les moulages qui en ont été tirés avaient le même format. Pour le cheval I, le tracé des joints à la cire encore conservés atteste que les bords des moules ont été
parfois remodelés, voire découpés. On peut en déduire que les moules en cire obtenus à partir de moules en creux ont été ensuite découpés en moules plus petits destinés à
réaliser les différentes parties, généralement en forme de plaques. Cela a dû être exécuté à l'aide d'une armature, dont les tiges exerçaient une pression sur la surface interne et
ont laissé des trous quadrangulaires dans la cire .
En raison de leur format, tous les segments du cheval II ont dû être moulés sur une armature. Celle-ci a dû être arrimée dans les moules en cire avant qu'ils ne soient extraits de
leurs moules en creux. Pour la queue, elle a même été installée lors du moulage. Pour les éléments de petites dimensions (jambes, queue), il faut imaginer que l'argile était encore
fluide lorsqu'elle a été mise en place. Pour les grandes pièces du tronc, des traces de pression sur la surface interne indique en revanche que c'est un noyau armé, préparé à
l'avance, qui a été introduit par la grande ouverture du cou ou du dos et qu'on a ensuite complété l'espace existant entre ce noyau et la paroi de cire avec de l'argile liquide. C'est ce
que confirment les trous laissés par les tiges d'écartement dans le moule, dont les bords soulevés attestent un glissement de l'extérieur vers l'intérieur, lié à l'introduction des
pointes de métal dans la paroi de cire n'offrant que peu de résistance. Pour les éléments plats du cheval I, il n'a en revanche pas été nécessaire d'utiliser un tel noyau au cours du
moulage, comme l'indiquent d'une part la position des tiges d'écartement, placées ici - contrairement au cheval II - seulement aux jonctions des éléments, et d'autre part la situation
des ouvertures de coulage, disposées tant à l'extérieur qu'à l'intérieur des différentes plaques.
De par leurs dimensions et leur faible épaisseur (en moyenne de 1 à 3 mm), les éléments du cheval I peuvent avoir présenté des difficultés techniques. Afin d'obtenir la meilleure
répartition possible du bronze dans le moule, des éléments destinés à faciliter le coulage ont été rajoutés pour certaines pièces. Ces veines se présentaient comme des bourrelets à
la surface interne de la paroi. Au moment du coulage, elles constituaient un réseau de rigoles canalisant le bronze en fusion et l'amenant jusque dans les endroits difficilement
accessibles du moule. Elles sont conservées sur trois éléments: dans le bas-ventre, avec son fourreau massif, dans le poitrail étroit et dans la croupe, moulée dans prolongement
des flancs.
Soumises à de très fortes pressions en raison de leur taille, les jonctions entre les différents éléments du cheval II ont été réalisées très soigneusement, par des coulages uniques
très rapprochés, voire partiellement superposées (assemblage de type 1a); des coulages multiples ont aussi été utilisés ( assemblage de type 1b). Dans la mesure où le bronze
qu'on ajoute ne fait que souder les éléments en en faisant fondre les bords, ces derniers étaient apprêtés spécialement en demi-rond. Pour le cheval I aussi, des coulages simples
(assemblage de type 2a) ou multiples (assemblage de type 2b) soudent les différentes parties; cependant, leurs bords présentent dans ce cas des ouvertures quadrangulaires
irrégulières pour ajouter ponctuellement la quantité de bronze nécessaire. Les joints ont été masqués de l'extérieur avec des rapiéçages. Cette technique d'assemblage par des
points de soudure, régulièrement mis en oeuvre pour le cheval I, donne à nouveau avantage à l'utilisation d'éléments de petit format: contrairement au cheval II, la pression à
l'intérieur de la statue est mieux distribuée, puisqu'elle se répartit sur des points de soudure beaucoup plus nombreux. Seules les soudures entre les jambes arrières, décalées l'une
par rapport à l'autre, et le corps ont été réalisées en manchettes massives (assemblage de type 3) pour des questions statiques. Sur le cheval II, seules les jambes avant, relevées,
ont été rattachées à l'épaule par des coulage superposés (assemblage de type 1c); il en va de même pour la queue et les éléments du cou à leur bord inférieur du cheval I
(assemblage de type 2c).
Comme cela était le cas pour les moules en cire, une armature, dont les tiges ont été introduites par des ouvertures ménagées dans la paroi métallique, a aussi pu être mise en
évidence pour le montage des différentes parties du cheval I. Dans la mesure où les trous ont été rapiécés une fois que les tiges eurent été enlevées, cette armature ne peut pas
être considérée comme une consolidation de la statue achevée.
Des différences notoires existent aussi dans les finitions des deux statues. Tandis que, pour le cheval II, les défauts visibles ont été réparés avec de nouvelles soudures en une
étape de travail indépendante, c'est au moment du ciselage, que les nombreux défauts de coulage et les anomalies superficielles du cheval I ont été retouchés par martelage de
petites piéces de bronze. Comme les ajouts ont été encore consolidés de l'intérieur par des soudures à l'étain, on a lissé préalablement de grandes surfaces intérieures à la lime et
au burin. Pour le cheval II, les retouches n'ont été qu'exceptionnellement retravaillées, quand de grandes surfaces étaient abîmées. En revanche, les dégâts occasionnés par le
ciselage, comme la crevaison de petites cloques survenues lors du coulage, ont en règle générale été colmatés par martelage de petits morceaux de bronze.
Les détails anatomiques du cheval II ont été très soigneusement gravés au ciseau et au burin. Ce travail a été exécuté sommairement sur le cheval I, même si le traitement des
rapiéçages dans les plis de la peau témoigne d'un travail appliqué, quoique routinier.
Perspectives
La comparaison entre les techniques de fabrication des chevaux I et II découverts dans l'Insula 28 d'Augst met en évidence des différences à tous les stades de fabrication, qui
dénotent qu'ils ont été fabriqués dans des ateliers distincts (tableau 7). Ces divergences découlent toutes d'une conception fondamentalement différente de la statuaire: tandis que
la répartition des pièces constitutives du cheval II correspond à une vision en trois dimensions, on pourrait - en exagérant un peu - parler plutôt d'un «assemblage de bas-reliefs»
dans le cas du cheval I. Cela implique que les traces de travail inhérentes à chacune des phases de la fabrication laissent apparaître un procédé soigné, mais beaucoup plus
schématique que pour le cheval II.
Ceci peut être interprété comme une preuve du développement progressif d'une production industrielle de statues de bronze toujours plus conditionnée par des critères
économiques. A l'origine de cette inflation, il faut voir la coutume romaine de réaliser non seulement des portraits de l'empereur et de l'ensemble des fonctionnaires, mais aussi de
tous les hommes méritants. Les sources littéraires en témoignent particulièrement pour la ville de Rome elle-même. Cette pratique y avait pris de telles dimensions au Haut-Empire
déjà que l'empereur Claude par exemple a fait disperser la plupart des statues, interdisant dorénavant à tout privé «de perpétuer cette ancienne pratique à moins qu'il n'obtienne
une autorisation spéciale du Sénat ou qu'il ait fait construire ou rénover un édifice public». Avant lui, Auguste avait déjà fait déplacer les statues d'hommes célèbres du Capitole au
Champ de Mars par manque de place. Et même pour l'Antiquité tardive, un registre recense encore à Rome deux statues monumentales, 22 statues équestres colossales et 3785
statues en bronze d'empereurs et de généraux. Au 6e siècle apr. J.-C., Cassiodore remarque qu'une armée de statues semble côtoyer les humains à l'intérieur de Rome. Une
situation similaire semble avoir existé aussi dans les provinces de l'Empire romain, puisque 58 socles de statues de bronze sont par exemple encore visibles sur le forum de
Timgad, et même 63 à Djemila.
Si l'on tente de mettre en relation les résultats de la présente étude avec l'image fournie tant par les sources écrites que par l'archéologie d'une «production de masse» dans le
secteur des bronzes monumentaux, les similitudes entre le cheval II et les chevaux du Haut-Empire de Saint-Marc d'une part, et d'autre part entre le cheval I et la monture de
Marc-Aurèle et la tête de Constantin prennent d'autant plus de sens. Dans cette optique, le mode de finition du cheval I, plus schématique par rapport au cheval II, caractérise
l'adaptation des techniques de production à une demande croissante du marché. Cette thèse offre ainsi une nouvelle perspective d'analyse, incitant à considérer plus souvent la
technique de fabrication des statues de bronze romaines dans l'optique de leur production industrielle.
(traduction: Catherine May Castella)